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La France et le chanvre : un duo qui n’a jamais cessé d’exister

La complexité de la structure moléculaire de la plante de chanvre fait d’elle une plante à multiple usage. Au cours de son histoire française, son exploitation cible des opportunités utilitaires bien définie. On dissocie alors le chanvre destiné à l’industrie et à la fibre, de celle pour un usage récréatif et thérapeutique. Ce qui émane une certaine ambiguïté et une confusion vis à vis de la population et des représentants de l’État. 

Alors, que s’est-il passé en France ? Et surtout, qu’en est-il de la légalisation du cannabidiole ? Commençons à remonter un peu dans le temps avec quelques rappels historiques.

Le chanvre se répand rapidement en médecine occidentale. L’herboristerie fait partie intégrante des médecines traditionnelles, inscrites au patrimoine immatériel mondial. Les graines et les huiles extraites du chanvre ont été utilisées et le sont toujours pour l’alimentation, ainsi que les soins des animaux et des humains.  Jusqu’au XIXe siècle, le chanvre est cultivé pour les besoins du quotidien dans la quasi-totalité des campagnes françaises. Dans certaines régions agricoles de France comme la Bretagne, des recettes médicinales se transmettent de génération en génération. Les graines font office de traitement (en infusion) contre le cholestérol et la tension artérielle. Ainsi que, par voie externe comme huile de massage, de liniment, de cosmétique et de soins de la peau. Cette huile sèche est un antioxydant, un antiinflammatoire. Elle possède aussi des propriétés régénérantes, raffermissantes, etc. Ces remèdes deviennent de moins en moins populaires, à cause du développement de la biomédecine et des restrictions qu’encourt la culture du chanvre.

En fait, depuis des milliers d’années le chanvre est utilisé en France pour ses vertus thérapeutiques. Des analyses palynologiques révèlent  sa production, en Bretagne, depuis le IXe siècle, puis se développent à partir du XIIe siècle.

 

Chanvre

 

Au Moyen-Âge, Charlemagne incite le peuple français à la culture du chanvre  Sativa. D’un point de vue économique, elle est très rentable, productive et facile à entretenir. Marseille devient à ce moment-là le plus grand comptoir producteur de chanvre du monde, élingues et cordages y sont fabriqués. Au XVIIe siècle, Louis XIV ordonne l’agrandissement d’un axe à Marseille, proche du ruisseau, le Jarret. Un lieu stratégique pour la production de chanvre qui apprécie puiser ses ressources dans un sol riche avec des irrigations importantes. De grands navires français y sont accueillis, pour les équiper de cordages et de voiles robustes. L’allée se nomme la rue Saint-Louis en l’honneur du roi, puis portera le nom de Cannebière à partir de 1672.

En 1666, la corderie Royale de Rochefort se construit sous les ordres du roi Louis XIV. Un bâtiment de plus de 374 mètres de long et 8 mètres de large permettant de rivaliser face aux Anglais et aux Néerlandais. La fibre de chanvre est alors utilisée pour la fabrication de grands navires et de leurs cordages. Sa structure rêche et rustique lui fait sa réputation d’être une matière résistante aux aléas des intempéries.

Entre le XVIe et le XVIIIe, la culture de chanvre Sativa est une branche économiquement fiable permettant aux familles françaises d’en vivre aisément. Il fait aussi la fortune de certaines régions, comme la Bretagne. D’après l’ouvrage Fibres marines chanvre et lin, hier & aujourd’hui de 2013, elle devient à ce moment-là l’une des grandes provinces toilières d’Europe. Grâce à la fabrication de voiles de grands navires, de vêtements de travail, de sacs, de cordages, etc. Sa production va ensuite décliner, concurrencer par le lin plus doux et le jute plus résistant, puis par le coton et même le polyester.

La France reste aujourd’hui le plus grand cultivateur de chanvre Sativa pour sa fibre en Europe, avec plus de 10 000 hectares de production par an. Les copeaux sont très prisés dans le bâtiment en tant qu’isolant phonique et thermique.

Puis surviennent de nouveaux évènements marquants, où elle est découverte sous une autre forme, un autre usage plus excessif. En 1800, durant la campagne d’Égypte, les soldats de Napoléon Bonaparte ayant dument combattu sur les traces d’Alexandre le Grand, se divertissent avec une plante populaire au Caire : le chanvre Indien. Le climat des régions arabes rend les substances psychotropes de la plante plus puissantes qu’en Europe. L’armée accoutume cette nouvelle ivresse. Ce qui contredit la planification de Napoléon. Il constate un ralentissement de ses troupes et déclare la plante hostile à la poursuite de la Révolution française. Il interdit sa vente et son usage récréatif : c’est la première règlementation occidentale. Tout détenteurs et producteurs de fumoirs risquent trois mois de prison.

 

Napoléon

 

À la suite de cela, certains soldats rapportent quelques échantillons à leur retour en France. Cette nouveauté inspire et interroge ! Les scientifiques l'étudient et en publient des textes tels que Jules Bouquet, « le chanvre indien » ; Henri Dupuch, « fumée de kif souvenirs d’un médecin », Louis Jacolliot, « voyage au pays du haschich » ; etc.

Le psychanalyste et aliéniste Jacques-Joseph Moreau de Tours voyage en Orient durant les années 1836-1840. Il y découvre les coutumes du chanvre Indien et souhaite l’introduire à Paris. Son but est d’ouvrir les portes de la psychanalyse expérimentale qui consiste à vivre des hallucinations, se mettant ainsi à la place de ses patients. En 1844, il fonde avec l’écrivain Théophile Gauthier le club Haschischins à Paris dans l’hôtel Pimodan. Sont alors accueillis de nombreuses personnalités comme Honoré de Balzac, Charles Baudelaire, Alexandre Dumas et Gustave Flaubert. Ils s’expérimentent à la consommation de drogues : Haschich et Opium. Baudelaire écrivit à ce sujet : « Le haschisch, en effet, nous vient de l’Orient ; les propriétés excitantes du chanvre étaient bien connues dans l’ancienne Égypte, et l’usage en est très-répandu, sous différents noms, dans l’Inde, dans l’Algérie et dans l’Arabie Heureuse. Mais nous avons auprès de nous, sous nos yeux, des exemples curieux de l’ivresse causée, par les émanations végétales. », (1869, Les Paradies artificiels). Il énumère les effets indésirables de la plante et les moyens utilisés à la fabrication du haschich. Il s’interroge aussi : « au moyen de la distillation, tiré du haschisch une huile essentielle qui paraît posséder une vertu beaucoup plus active que toutes les préparations connues jusqu’à présent ; mais elle n’a pas été assez étudiée pour que je puisse avec certitude parler de ses résultats ». À travers cette affirmation, Baudelaire identifie probablement et de façon précoce les vertus de l’huile de cannabis. 

Puis… l’influence des drogues se propage de plus en plus sur les continents. Opium, cocaïne, haschich sont toutes mises sur le même bateau. Il faut sévir sur l’offre de ce marché de moins en moins contrôlable et dégradant les peuples.

En plein conflit mondial, l’État français s’organise afin de se régulariser face à un ennemi national qui se répand à grande vitesse. Commence alors les premières lois interdisant la circulation de la drogue sur les terres françaises.  En 1916, une loi instaure des restrictions sévères à l’usage du « Haschich et de ses préparations ». En 1941, le chanvre est officiellement retiré de la pharmacopée française due à son taux de THC. En 1925, la déclaration de Genève la classe comme stupéfiant. L’arrêté du 15 novembre 1951, enregistre le chanvre indien dans le tableau des substances vénéneuses en catégorie B, c’est-à-dire comme drogue dure au même titre que la cocaïne et l’opium.

La Commission des stupéfiants des Nations Unies (CND) de 1961 se soumet aux mêmes impératifs. Elle atteste que toutes espèces et sous-espèces confondues de la plante de chanvre n’ayant aucun intérêt thérapeutique. Jusque-là et durant 59 ans, le chanvre est soumis à des contrôles stricts bloquant l’exploitation de son potentiel scientifique et thérapeutique.

Actuellement, les incertitudes sur l’avenir environnemental et les bouleversements climatiques mènent à changer nos états d’esprit et nos façons de faire dans tous les domaines. La culture du chanvre est une solution non négligeable à ce sujet. Les recommandations de l’OMS visent à s’interroger à propos de la censure liée à son potentiel thérapeutique. En conséquence, le 02 décembre 2020, la CND rétablie un vote et le cannabis est de nouveau un produit  assimilable à la science et à la médecine.

Depuis 2013, en France, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a reconsidéré l'interdiction d'utilisation récréative et médicale, en concluant à l'usage possible du chanvre à visée thérapeutique dans certaines situations cliniques. L’arrêté du 22 août 1990 « autorise la culture, l’importation et l’utilisation industrielle et commerciale du chanvre aux seules fibres et graines de la plante et interdit de ce fait l’importation et la commercialisation d’e-liquide pour cigarette électronique contenant de l’huile de cannabidiol (CBD) obtenue à partir de plantes entières de chanvre. ».  

 

Europe

 

Jusqu’à l’affaire « kanavape », où la CJUE (Cour de Justice de l’Union Européenne) a été saisie et une remise en cause de cet arrêté débute. En 2014, deux entrepreneurs marseillais se lancent dans la vente d’e-liquide contenant du CBD. Peu de temps après une perquisition a lieu. Ils sont condamnés en 2017 à dix-huit et quinze mois d’emprisonnement avec sursis et de fortes amendes. Les accusations se reportent à la promotion d’usage de drogue, trafic de stupéfiants, pratique illégale de la médecine et de la pharmacie, etc. La CJUE rentre alors en piste où le sujet de la commercialisation des fleurs, des huiles et de e-liquides en France est remis grandement en question. La CJUE considère d’après les données de l’OMS, que le cannabidiol n’est pas un produit stupéfiant. Il en convient qu’interdire la commercialisation de CBD de la plante entière est un blocus à la libre circulation des marchandises dans l’union européenne. Le 20 juillet 2021, la France publie un nouvel arrêté en réponse à la CJUE. Celui-ci autorise la commercialisation des huiles de CBD et des produits transformés mais réfute celle des fleurs et des feuilles de CBD. De plus, tous produits à base de CBD doivent contenir un taux inférieur ou égal à 0,2%. La notification de la CJUE enclenche un délai de statu quo. L’arrêt définitif sera donc publié fin 2021/début 2022.

Le 23 octobre 2020, la Commission européenne vote un nouvel amendement modifiant le seuil limite de THC contenu dans les produits à base de chanvre. Il passe de 0,2% à 0,3%. C’est une résolution qui semble insignifiante et pourtant grandissante pour les agriculteurs européens. Ils pourront alors élargir leurs semences d’environ 50%. Cet objectif mené par la PAC (Politique Agricole Européenne) rentrera en vigueur en 2023. Ce qui aura pour effet le renforcement du marché européen du chanvre face à la concurrence d’autres pays comme la Chine, les États unis, le Canada et la Suisse. L’Union européen demande à la France de s’aligner sur cette déclaration. Ce serait un nouveau souffle pour ce secteur d’activité en plein essor.

Les bénéfices thérapeutiques de la plante de chanvre sont un sujet de plus en plus répandu. Elle est en effet dotée d’une complexité moléculaire qui interagie avec le corps humain. Comment cela est-il possible ? Et, de quoi parle-t-on exactement ? Il faut déjà dissocier les deux grandes familles du cannabis : le chanvre Indien et le chanvre Sativa. La première réputée pour sa teneur en THC et autres cannabinoïdes, et la deuxième pour la qualité de ses fibres et de ses graines. 

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